À l’approche des élections législatives, La Réunion se prépare au vote. Cloé Wrobel a 19 ans, elle a été déçue par les résultats des Européennes et compte bien donner du sien pour que la gauche remporte les législatives. Pour la jeune réunionnaise, voter contre la droite est un acte crucial pour préserver la mixité et le vivre-ensemble de son île natale, menacés par les politiques anti-immigration du RN.

Cloé a quitté La Réunion pour faire ses études à Bordeaux, elle ira voter le 30
Depuis qu’elle s’est installée à Bordeaux, Cloé a commencé à s’intéresser à la politique et souhaite faire changer les choses.

 

Du haut de ses 19 ans, Cloé Wrobel a voté pour la première fois aux européennes et compte bien retourner aux urnes le 30 juin. Aujourd’hui étudiante en psychologie à Bordeaux, elle a passé toute sa vie sur l’île de La Réunion. “Ma mère vient du Sud-Ouest de la France et mon père est tahitien. Je suis née à Saint-Paul (ouest de La Réunion) et au fond, je me sens réunionnaise”, précise-t-elle.

 

Lors des élections européennes, La Réunion a voté en grande partie pour le Rassemblement National (RN). Après avoir vu ces résultats, Cloé a pris la décision de voter pour le Front Populaire aux élections législatives afin d’éviter la montée de l’extrême droite en France. Il y a encore quelques mois, elle ne connaissait rien à la politique, et dans quelques jours, elle participera à une manifestation contre le RN. “Un ami m’a aidé à comprendre un peu plus le monde politique. Aujourd’hui, je sais pour qui je vote et surtout comment ça va impacter ma vie”, ajoute-t-elle.

 

“On peut avoir l’impression d’être laissé de côté”

 

Ce n’est pas facile pour un étudiant réunionnais de venir étudier en France métropolitaine. Chaque année, Cloé reçoit une aide régionale d’environ 1500 euros. “Sans cette aide, je ne sais pas si je pourrais rester à Bordeaux et j’aurais aussi dû changer de filière. La seule formation de psychologie de La Réunion est privée et coûte vraiment cher”, dit-elle.

 

Cette aide est en grande partie financée par des fonds venant de l’Union européenne ; tout comme le projet de la Nouvelle Route du Littoral (NRL), considéré comme étant la route la plus chère du monde (2,5 milliards d’euros), qui permet un accès plus rapide à l’aéroport. “C’est clair que pour de tout nouveaux électeurs, c’est facile de se dire qu’on ne pense pas à nous et que peu importe le résultat, notre vie ici restera la même. C’est totalement faux. Par chance, j’ai pu m’en rendre compte à temps et je suis allée voter aux européennes”, précise-t-elle. 

 

Urne lors des élections à La Réunion
La Réunion et les DROM COM sont connus pour avoir des taux d’abstention bien supérieurs à ceux de l’Hexagone. Lors des élections de 2022, les taux d’abstention dans l’hexagone lors du second tour était de 28,01%. Alors que le taux de participation à La Réunion était de 20,65%.

 

“Le RN ne peut pas aider les réunionnais” 

 

En arrivant à Bordeaux, Cloé ne comprenait pas le concept de l’inflation étant donné que les prix y étaient toujours moins élevés que ceux de La Réunion (sauf pour l’essence). La grande majorité des produits consommés à La Réunion sont importés. Il y a donc d’énormes frais de transports en plus qui impactent les prix dans les supermarchés. “Honnêtement, quand j’ai vu que la gauche voulait augmenter le SMIC, je me suis dit que ça allait aider une grande partie des familles réunionnaises… Mais au final, non, les réunionnais ont voté pour le RN”, dit-elle avec un peu de mécontentement.

 

Vente de tomate sur les marchés à La Réunion
La plupart du temps, le prix des tomates peut atteindre les 11 euros le kilo. Il s’agit du produit le plus impacté par la montée des prix.

Cloé craint aussi que les lois anti-immigration de l’extrême droite détruisent l’atout numéro 1 de l’île. La Réunion a toujours été connue comme une terre de mixité et de mélange culturel. “Quand je vais me promener dans les rues, je vois une église à côté d’une mosquée et d’un temple hindou. C’est ça la beauté de l’île. Si on continue sur cette voie, on finira par se détester mutuellement et on ne pourra plus se considérer comme le territoire le plus mixte du monde”, ajoute-t-elle.

 

Baptiste BOUCHER

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