Jeune homme en 2ème année d’alternance marketing au sein du groupe La Poste, Lukas Pajot n’est pas le profil type que l’on retrouve chez les électeurs du Rassemblement National. Et pourtant, cet étudiant de tout juste 20 ans, est l’un des nombreux nouveaux adhérents au mouvement d’extrême droite. Parcours, motivations, programme, portrait d’un nouveau visage de la génération Bardella
C’est dans un restaurant du centre de Paris que nous retrouvons à une terrasse Lukas, l’occasion pour lui de se mettre sur son 31, chemises et veste de costume sur mesure, un style vestimentaire que l’on attribue assez largement à l’électorat de droite. Représentatif d’une situation socio-professionnelle très marquée, l’étudiant originaire du Val-d’Oise (95) l’avoue lui-même, il n’a pas le profil « d’un mec qui vote RN ».
Fêtant ses 20 ans au lendemain de notre entretien, il se situe aux premiers abords à l’opposé du spectre politique, fils unique, famille monoparentale issu d’un milieu « pas forcément super aisé », c’est selon lui avant tout son admiration pour « la France et son histoire » qui a donné le ton de sa couleur électorale.
Le jeune homme nous raconte : « Aujourd’hui, vu l’urgence de la situation dans le pays, que ce soit tant au niveau économique qu’au niveau de l’insécurité, le RN est apparu comme une évidence. » Surtout quand je vois que dans les manifestations de gauche, il y a plus de drapeaux d’autres pays que du mien. »
Les parties d’oppositions par leurs prises de paroles, leurs programmes ne parviennent pas à attirer les profils comme Lukas, au contraire, elle l’ancre dans ses convictions : « Quand j’ai vu le programme de la gauche, ses mesures utopiques, ça m’a conforté dans mon idée » […] « Je ne vois pas l’intérêt de voter pour un parti ou une union qui prône la violence et le fait de tout casser. Aujourd’hui, le fascisme qu’on nous reproche a changé de camp ».
C’est comme beaucoup, fort de ses expériences personnelles, que le jeune électeur axe ses attentes politiques sur l’insécurité. « Proche d’ici, récemment, un groupe de mecs de cité ont attendu un jeune de chez moi issu du même lycée (privé catho) avec un marteau pour le tabasser. Je ne veux pas ça pour mes enfants. »
Malgré les remarques récurrentes sur l’influence de l’entourage qui peut jouer un grand rôle, il répond que dans son cas ça ne fait pas tout et le procédé est même dans son cas plutôt inverse. Son cercle familial, bien plus composé d’électeurs écologistes ou insoumis, limite selon lui beaucoup les discussions politiques toujours très tendues.
Quant au cercle amical : « c’est plutôt RN et LR, au fur et à mesure, je me suis entouré de personne avec le même profil que moi, malheureusement aujourd’hui si tu ne penses pas comme les gens qui votent à gauche, ces gens-là t’enlèvent de leur vie. Donc dur d’être ami avec des gens votent LFI, bien que l’on soit du même âge. »
Car oui avec 31,47% des voix récoltées, le RN porté par Jordan Bardella a surpris bien du monde lors des résultats aux européennes, et bien que le chiffre s’explique par bien des facteurs, la popularité de l’extrême droite n’a jamais été aussi grande avec plus de 26% d’électeurs RN chez les 18 – 24 ans plus de 11% d’augmentation depuis 2019.
La « génération Bardella » comme certain média aime appeler ces nouveaux votants, le jeune président du Rassemblement National joue indéniablement un grand rôle dans le renouvellement du parti, de son image et de son public.
Une image toujours marquée, mais qui semble reprendre en légitimité : « définir un parti par rapport à ses créateurs qui sont morts et pas par rapport à ses idées présentes, c’est ça que je ne trouve pas normal. » Sachant qu’aujourd’hui, le parti s’est bien adouci. Et c’est une raison qui fait que je suis tourné vers lui. »
« J’aimerais tout de même conclure sur le fait que je n’ai pas de soucis avec les électeurs de gauche, au contraire, j’aime échanger avec eux, apprendre mutuellement l’un de l’autre, se fermer alors qu’on pourrait juste avoir notre liberté de penser et débattre constructivement je trouve ça dommage ».
