Le Rhône, fleuve emblématique de Lyon, pourrait retrouver ses baigneurs dès 2027 grâce au projet de réouverture des zones de baignade en ville. ©Emy Noailhat
Le Rhône, fleuve emblématique de Lyon, pourrait retrouver ses baigneurs dès 2027 grâce au projet de réouverture des zones de baignade en ville. ©Emy Noailhat

Longtemps interdite, la baignade en eau libre pourrait faire son grand retour à Lyon dès 2027, avec une première zone test dans le quartier de Confluence. Une décision aux airs de révolution urbaine, qui ravive un pan oublié de l’histoire lyonnaise.

Le Rhône, fleuve emblématique de Lyon, pourrait retrouver ses baigneurs dès 2027 grâce au projet de réouverture des zones de baignade en ville. ©Emy Noailhat

Le Rhône et la Saône coulent au cœur de Lyon depuis toujours. Pourtant, cela fait plus de vingt ans qu’il est interdit d’y plonger. En 2001, la baignade dans les fleuves lyonnais est formellement proscrite par la Ville, en raison des risques sanitaires, du courant et de l’absence d’aménagements adaptés. L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais en mai 2025, la Métropole annonce vouloir inverser le courant : le premier site de baignade au cœur de Lyon ouvrira pour l’été 2027, dans la darse de Confluence, près du centre commercial.

Une baignade pour tous, face au climat

Avant l’interdiction, les fleuves faisaient partie du quotidien des Lyonnais. « Jusqu’au XXe siècle, les baignades dans le Rhône ou la Saône étaient fréquentes », explique Nicolas Jacquet, historien et guide-conférencier spécialisé dans le patrimoine lyonnais. « C’était une pratique populaire, spontanée, souvent liée à l’absence d’accès à l’eau courante. »

Avec l’industrialisation et la montée des pollutions, la baignade devient progressivement marginale. Les accidents et la qualité douteuse de l’eau détournent les Lyonnais de cette habitude estivale. En 2001, la municipalité tranche : plus de baignade, pour des raisons de sécurité publique. Depuis, Rhône et Saône sont devenus des fleuves qu’on longe, mais plus qu’on habite.

Selon la Métropole, 21 sites sont actuellement à l’étude sur le territoire. L’objectif de la collectivité est de créer des lieux de baignade gratuits, surveillés, accessibles à tous. Le premier projet retenu est celui de la darse de Confluence, un bassin calme et isolé, déjà utilisé pour des activités nautiques.

En été, la question de la fraîcheur devient critique. Lyon connaît des pics de chaleur de plus en plus fréquents avec le réchauffement climatique, et toutes les familles n’ont pas les moyens ou la possibilité de fuir la ville ou d’aller aux différentes piscines municipales, dont le prix augmente dès le 1er septembre 2025.

Des obstacles à la reconquête des eaux

Reste que le défi est immense. D’abord sur le plan de la qualité de l’eau. À Lyon, les eaux usées, les rejets pluviaux et la pollution urbaine rendent toute baignade risquée sans traitement ou surveillance. Des analyses bactériologiques doivent être menées sur la durée, notamment pour évaluer la présence agents pathogènes.

Des questions de sécurité, de cohabitation avec les usages fluviaux (bateaux, pêche), et même de responsabilité juridique viennent aussi freiner l’enthousiasme. Le coût des aménagements et de l’entretien pourrait également peser sur les finances locales.

Mais au-delà des contraintes techniques, ce projet porte une vision. Pour Nicolas Jacquet, « Réautoriser la baignade, c’est réintégrer les fleuves dans la vie urbaine, les voir non plus comme une barrière, mais comme une ressource vivante, à partager ». Il y voit un retour à l’esprit des Lyonnais du passé, ceux qui, un siècle plus tôt, s’immergeaient dans les eaux du Rhône comme on va aujourd’hui au parc.

D’ici 2027, si les analyses s’avèrent favorables, Lyon pourrait donc renouer avec une tradition oubliée, tout en réinventant un usage moderne et durable de ses fleuves.

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