Jusqu’au début du XXIe siècle, les Lyonnais profitaient librement des berges pour une baignade dans le Rhône ou la Saône. Mais depuis 2001, un arrêté municipal interdit formellement la baignade dans les deux fleuves, sous peine d’amende. Deux décennies plus tard, alors que les canicules deviennent plus fréquentes et plus intenses, la question refait surface : et si on se baignait à nouveau dans le Rhône et la Saône ?

Les berges de Saône, nichées au coeur de la ville (crédit photo : MB)
Les beaux jours reviennent, et avec eux les envies de fraîcheur. À Lyon, certains n’hésitent plus à s’approcher des berges du Rhône, malgré l’interdiction. Si la Saône est jugée plus “douce”, le Rhône garde une image de fleuve sauvage, puissant… et pollué. Pourtant, depuis plusieurs années, la Ville réfléchit à une possible ré autorisation de la baignade. Mais elle se heurte à deux freins majeurs.
Sécurité et santé, les deux grands freins
Le premier est la sécurité, le courant du Rhône est connu pour être très dangereux. En moyenne, une dizaine de décès par noyade y sont recensés chaque année. Le second enjeu, tout aussi préoccupant, est sanitaire.
Pour Sandra Desprez, hydrogéologue, la prudence reste de mise : « Sur l’hygiène, on a deux typologies de problèmes, certains liés à l’activité humaine. Donc là on va parler de pollution. Mais, il y a également des risques liés au fait que l’on soit en pleine nature. Il y a des bactéries qui se promènent dans le Rhône dont une qui peut entraîner une maladie qui s’appelle la Leptospirose. C’est une bactérie qui provient des déjections de ragondin ou de castors qui circule dans l’eau et qui provoque des décès. » Aujourd’hui, on compte à peu près 30 % de décès et 304 déclaré dans l’année en France liés à la Leptospirose. Des risques donc dont il faut prendre compte.

Le Rhône, un fleuve dangereux. (Crédit photo : MB)
Une urgence de santé publique
Malgré ces obstacles, la question reste ouverte et c’est un dossier bien plus sérieux qu’il n’y paraît. À Lyon, les piscines sont peu nombreuses, souvent bondées, pas toujours accessibles, et les étés sont chaque fois plus chauds.
C’est à la fois une question sociale, mais également une question de santé publique. Pour le Dr Falconnet, médecin en santé publique, il faut réagir : « En 2023, plus de 900 décès liés à la canicule ont été recensés sur le territoire de la métropole. Il ne s’agit plus simplement de confort, mais d’un véritable enjeu de santé publique. Permettre une baignade encadrée dans le Rhône, c’est aussi répondre à une inégalité sociale face à la chaleur. Tout le monde ne peut pas fuir la ville ou accéder à une piscine privée. »
Une étude de grande ampleur
Pour répondre à ces enjeux, la Ville et la Métropole de Lyon ont lancé une grande étude de “baignabilité” sur 21 sites potentiels dans le Rhône et la Saône. Restreinte puis interdite depuis plus de 80 ans pour des raisons sanitaires et de sécurité, la baignade pourrait revenir dans certains lieux précis.
Étude de la qualité de l’eau, du courant, de la biodiversité, accessibilité, sécurité… Chaque critère est passé au crible, pour un budget de plusieurs centaines de milliers d’euros. « Nous avons besoin d’améliorer nos lieux pour apprendre aux plus jeunes à nager », a expliqué Grégory Doucet, maire de Lyon, lors de la présentation du projet.
Parmi les sites analysés, cinq ont été retenus pour leur potentiel : la Darse de Confluence (Lyon 2e), l’Ancienne Écluse (Caluire-et-Cuire), le Grand Large (Meyzieu), le Parc des Berges (Lyon 7e), et le Parc de Gerland (Lyon 7e).
C’est la Darse de Confluence qui semble aujourd’hui en tête. Le site, situé à la jonction du Rhône et de la Saône, pourrait accueillir deux bassins naturels dès l’été 2027, si les conditions sont réunies. Les baignades y seraient autorisées de juin à septembre. Le projet prévoit des bassins pouvant accueillir entre 500 et 800 personnes, sous la surveillance de maîtres-nageurs. L’eau serait contrôlée régulièrement par l’Agence Régionale de Santé. En cas de pollution, l’accès pourrait être fermé temporairement.

La Darse de Confluence, futur site de Baignade, situé à la jonction du Rhône et de la Saône. ( Credit photo : MB)
Mais ce confort a un coût : près de 2 millions d’euros d’investissement, auxquels s’ajouteront les frais de fonctionnement annuels. Pour les baigneurs, un ticket d’entrée (comme en piscine municipale) sera à prévoir.
Reste enfin à convaincre les riverains, et à canaliser la baignade à ces seuls espaces autorisés. Car si l’idée séduit, elle ne pourra fonctionner que dans un cadre bien défini. Le retour à la baignade dans le Rhône n’est peut-être plus si loin… mais il faudra encore faire preuve de patience.