Le café botanique, un concept en fleur à Lyon

Marion Berger a ce brin de folie dans le yeux qui l’a poussée il y a cinq années de cela à ouvrir son café-fleurs sur la presqu’île de Lyon. Un concept hybride et original qu’elle infuse de plus en plus des valeurs de préservation de l’environnement qui l’animent.
Soudainement l’atmosphère devient paisible, silencieuse, presque bucolique. Il suffit de s’immiscer par l’entrée bourgeonnante pour changer d’air, loin des rues lyonnaises qui bourdonnent à l’approche de l’été. L’intérieur du coffee shop-fleuristerie situé entre la Place Satonnay et la Place des Terreaux du 1er arrondissement lyonnais, Un brin de folie est unique : chaque recoin est végétalisé.
Sur les étagères, une pléthore de plantes vertes et de fleurs assemblées offrent un panel de couleurs aussi vivifiantes qu’apaisantes. Au milieu des terrariums, des couronnes et des bouquets de fleurs, des guirlandes lumineuses scintillent ici et là, et du plafond plongent des bulles végétales suspendues, comme semble l’être le temps dans cette petite échoppe.
20% de leur chiffre d’affaires annuel grâce à la fête des mères

Au fond de son café botanique presqu’îlien, Marion assemble avec soin des fleurs blanches, jaunes et bleues. Elle a les cheveux courts, ondulés et une trentaine d’années de vie derrière elle. « Je crée mes bouquets en fonction de ce que je ressens. Selon les formes, les couleurs et surtout ce dont j’ai envie », liste-t-elle sans quitter des yeux les fleurs qui dansent entre ses doigts. Ses iris d’un marron profond comme la terre reflètent les pétales de sa composition florale. À quelques jours de la fête des mères, elle et son équipe doivent finaliser la préparation du magasin. La journée nationale des mamans est aussi celle des fleuristes qui réalisent ce jour-là, près de 20% de leur chiffre d’affaires annuel.
Un concept original, hybride et poétique
Cet art de conseiller les gens quant aux fleurs qui leur conviendraient le mieux, Marion l’affine depuis bien longtemps. C’est à Châtillon d’Azergues, un petit village du Rhône, qu’elle commence son activité d’artisan fleuriste dans son propre magasin. Au fil des saisons, elle gagne de l’expérience, de l’assurance et des clients. Son affaire tourne. « De temps à autre, une de mes amies, Camille venait me prêter main forte quand elle rentrait d’Angleterre où elle travaillait dans le secteur de la restauration », relate Marion. Au fur et à mesure, l’amitié et la complicité professionnelle entre les deux femmes grandit tant est si bien qu’en 2018, elles s’associent et se lancent ensemble dans une nouvelle aventure.

« Elle avait l’expérience dans le service et moi dans les fleurs.»
« Elle avait l’expérience dans le service et moi dans les fleurs … On a voulu en faire quelque chose, utiliser l’aspect convivial qu’elle amenait dans la vente de fleurs, de plantes et autres végétaux d’intérieurs », explique la fleuriste de formation. Après avoir trouvé Un local dans le 1er arrondissement de Lyon, place à la rénovation. À la fin de l’été 2018, elles ouvrent enfin les portes de leur café botanique, Un brin de folie. L’occasion pour elle de mettre en place un commerce aux services des valeurs qui les animent.
Une fleuristerie engagée
« Nos fleurs et plantes sont uniquement d’origine française car sommes adhérentes au collectif « la fleur française » dont la charte oblige les signataires à s’inscrire dans les circuits courts », expose Marion. « Avant dans ma petite fleursisterie, je devais proposer des roses rouges pour la Saint-Valentin. Aujourd’hui, en plein cœur de l’une des plus grandes villes de France, la forte demande me permet de faire différemment … Nous n’en vendons tout simplement pas ! », explique la fleuriste d’un ton engagé.
Ce mouvement dans lequel elle inscrit son commerce a un nom : le « slow flowers ». Une consommation responsable est prônée avec des fleurs locales de saison. Les roses rouges vendues à la Saint Valentin, sont pour la plupart importées. Elles viennent globalement du Kenya, de l’Équateur, de la Colombie ou encore des Pays-Bas. En plus d’être traitées aux produits chimiques, elles sont importées par avion-cargo réfrigéré, au bilan carbone peu recommandable. C’est en tout cas ce que montrent les recherches de 60 Millions de consommateurs. Et ça, Marion comme Camille « n’en veulent plus ».

Vers une vente de fleurs uniquement saisonnières
Ayant pour dessein de réduire l’impact environnemental du commerce français des fleurs, elles tentent de préserver la biodiversité des alentours. Elles favorisent donc la plantation d’espèces locales adaptées. Une façon d’éviter par la même occasion, l’introduction d’espèces exotiques invasives tout en renforçant l’activité économique de leur région. « Et on ne se limite pas aux fleurs : les biscuits qu’on propose pour accompagner le café sont de New York & London Bakery (Francheville) et d’Anaïs Cookies (Caluire). Les jus de fruits sont artisanaux et viennent du Pressoir du Pilat quant à nos infusions de fleurs de saisons et une partie de notre café viennent tout droit de la Drôme », précise Marion.
Aujourd’hui elle pousse même son raisonnement un peu plus loin : « est-il vraiment nécessaire d’avoir de la fleur coupée chez soit alors que pour beaucoup, elles poussent sous serre avec l’apport de pesticides ? », se questionne-t-elle à haute voix. Des interrogations qui la préoccupent d’autant plus en hiver, période à laquelle les fleurs ne poussent pas naturellement. Peut-être un jour se tournera-t-elle uniquement vers la vente de saison. Pour l’instant, « je profite des ateliers de confection botanique qui me permettent déjà de sensibiliser les gens aux biais du secteur de la fleurs aujourd’hui tout en proposant des alternatives végétales comme avec l’atelier terrarium ou plantes suspendues ». À la question, « Les enjeux environnementaux signent-ils la fin du secteur de la fleurs ? », les deux fondatrices d’Un brin de folie répondent que racine passera comme le café !
Lou Léna Juillet