À Lyon, la reconquête écologique des berges du Rhône et de la Saône s’accélère. Entre projets de renaturation, innovations associatives et grands chantiers publics, la ville transforme ses rives pour restaurer la biodiversité, améliorer la qualité de vie urbaine et répondre aux défis environnementaux.
Des projets pilotes innovants
Depuis plusieurs années, la Métropole de Lyon et de nombreuses associations locales s’engagent pour renaturer les berges du Rhône et de la Saône, longtemps artificialisées. L’association Des Espèces Parmi’Lyon, a lancé le projet Gabiodiv’, une solution innovante qui consiste à installer des gabions végétalisés sur des quais bétonnés.
Ces modules, véritables refuges pour la faune et la flore, recréent des habitats naturels en plein centre-ville. Dès le printemps, les Lyonnais peuvent observer le retour d’une centaine d’espèces animales et végétales, dont le martin-pêcheur, les crapauds ou encore l’anax empereur, la plus grande libellule d’Europe.
« Nous reconstituons une continuité écologique le long des cours d’eau pourvus de berges artificielles. C’est une manière de renouer le lien entre le citadin et son environnement », explique Guillaume Gros, coordinateur aménagements biodiversité de l’association Des Espèces Parmi’Lyon.
Des chantiers d’envergure pour restaurer la biodiversité
Au sud de Lyon, la Compagnie Nationale du Rhône (CNR) a lancé en janvier 2025 la plus vaste opération de restauration écologique des berges du Rhône depuis 25 ans. Sur 3,5 kilomètres, plus de quatre kilomètres de « casiers Girardon », structures installées en bord de Rhône à partir du XIXe siècle, sont démantelés pour reconnecter le fleuve à ses bras secondaires, appelés lônes.
L’objectif : remettre en eau cinq kilomètres de lônes, créer six îles et près de huit hectares de mares et zones humides, des milieux essentiels pour la biodiversité locale. Ces travaux, d’un montant de 8,2 millions d’euros, devraient s’achever en 2028 et permettre le retour d’espèces aquatiques et terrestres, tout en luttant contre les espèces végétales envahissantes qui avaient colonisé les berges appauvries.
La Métropole de Lyon et Voies Navigables de France (VNF) poursuivent ce partenariat jusqu’en 2029, avec l’ambition de développer ces solutions sur d’autres secteurs, comme à Lyon 9 et La Mulatière.
Pour Pierre Athanaze, vice-président de la Métropole, « les fleuves sont des corridors écologiques indispensables, et ce travail de renaturation est emblématique de la collaboration entre collectivités et gestionnaires de voies navigables ».
Un impact mesurable sur la biodiversité et le cadre de vie
Les premiers résultats sont encourageants. Deux ans après l’installation des gabions végétalisés à la Guillotière, 85 espèces végétales, dont les trois quarts indigènes, et plus de 100 espèces animales ont été recensées sur le site, dont cinq à enjeux de conservation. Les libellules, indicatrices de la qualité des milieux aquatiques, sont revenues, tout comme les castors et les hérons.
« Nous avons régulièrement des signes encourageants : une salamandre tachetée a été découverte sous les pierres du quai, espèce représentative d’un milieu humide relativement préservé. Depuis, un crapaud commun s’y est installé et est régulièrement observé. Ce matin même, des centaines de poissons frayaient sur les gabions posés l’année dernière et leurs œufs sont visibles depuis le quai. » dévoile Guillaume Gros.

L’objectif de redonner leur place aux deux cours d’eau tout en conciliant les usages est réussi. Les aménagements surprennent et sensibilisent les habitants et les touristes, qui redécouvrent la richesse écologique de leurs quais tant d’un point de vue historique, qu’en terme d’usages.
Clara Roche
