Les macroplastiques se fragmentent sous l’effet mécanique des vagues et l’action des UV pour devenir des microplastiques et finalement des nanoplastiques.
Les macroplastiques se fragmentent sous l’effet mécanique des vagues et l’action des UV pour devenir des microplastiques et finalement des nanoplastiques. Photo: Adobestock

Le lac Léman rejette ses polluants dans le Rhône qui les transporte jusqu’à la mer. Ainsi, microplastiques, résidus de médicaments et engrais agricoles contaminent le fleuve sur 800 kilomètres. France et Suisse s’unissent pour trouver des solutions efficaces.

Le lac Léman accumule toutes les pollutions

Chaque jour, le lac Léman reçoit les eaux sales de près d’un million d’habitants français et suisses, étant la seule solution de rejet des villes alentours. Par conséquent, « le lac fonctionne comme une énorme bassine qui récupère toute la pollution avant de la renvoyer dans le Rhône », explique Jean-Luc Loizeau, professeur à l’Université de Genève.

Même après traitement, ces eaux usées contiennent encore des résidus de médicaments, de cosmétiques et de microplastiques. « Nos analyses révèlent régulièrement des traces d’antibiotiques et d’hormones », précise le chercheur.

Par ailleurs, l’agriculture aggrave le problème. Les agriculteurs utilisent des engrais qui se déversent dans le lac par ruissellement. Résultat : trop de nutriments nourrissent les algues qui se multiplient rapidement. En 2023, le taux de phosphore atteignait 25 microgrammes par litre, soit deux fois plus que la limite recommandée.

Tri des macroplastiques récoltés sur la plage de Vidy (Lausanne, Suisse) selon des catégories d’objets. @ Aleksandra Racz

Le Rhône transporte la pollution sur 800 kilomètres

À sa sortie du lac Léman, le Rhône emporte toute cette pollution vers le sud. D’ailleurs, « 180 mètres cubes d’eau sortent du lac chaque seconde, soit l’équivalent de 70 piscines olympiques par heure », calcule Patrick Pigeon, géographe à l’Université de Savoie Mont-Blanc.

Ces polluants voyagent très loin : les microplastiques et résidus chimiques résistent au voyage et atteignent la Méditerranée. « Nous détectons la signature du Léman dans les sédiments du delta du Rhône », confirme le géographe. Les poissons sont les premiers de la chaîne alimentaire à souffrir de cette pollution : les populations d’ombres communs ont chuté de 60% dans le Rhône genevois depuis 2010.

L’impact dépasse nos frontières, les anchois et thons de Méditerranée qui ingèrent ces micropolluants, remontent la chaîne alimentaire jusqu’à nos assiettes.

Infographie résumant la pollution dans le lac léman réalisé par l'association pour la sauvegarde du Léman (ASL)

Des solutions franco-suisses se développent

Face à ce défi, la France et la Suisse unissent leurs forces. La CIPEL (Commission Internationale pour la Protection des Eaux du Léman), créée en 1963, coordonne les actions entre les deux pays. « Notre mission s’intensifie face aux nouveaux polluants : nous développons des programmes de surveillance des microplastiques et résidus pharmaceutiques », explique Stéphan Jacquet, directeur scientifique de la CIPEL et chercheur à l’INRAE.

Les scientifiques renforcent la surveillance grâce à des capteurs automatiques mesurent en permanence la qualité de l’eau à la sortie du lac. Les deux pays partagent ces données pour mieux comprendre les mécanismes de pollution.

L’enjeu dépasse le lac Léman. Cette expérience franco-suisse inspire d’autres bassins transfrontaliers européens comme le Rhin. Finalement, dépolluer un lac de 580 km² et protéger 800 kilomètres de fleuve demande du temps, de l’argent et surtout une coopération sans faille entre pays voisins.

@rtsinfo

Le lac Léman est deux fois pollué que ce que l’ont pensait, le coupable, le plastique. #leman #lake #pollution

♬ son original – RTS Info

Nina-Lou Jacquet

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