L'usine Arkema sur le site industriel de Pierre-Bénite

Au sud de Lyon, à Pierre-Bénite, l’usine Arkema est spécialisée dans la fabrication de produits chimiques, parmi lesquels on retrouve des PFAS. Située au bord du Rhône, l’entreprise rejetait encore, il y a quelques années, ces polluants éternels dans le fleuve en toute légalité. Une situation qui impacte les riverains aujourd’hui.

Les PFAS, ou alkyls perfluorés et polyfluorés, sont un groupe de produits chimiques ultra-persistants, qui restent dans l’environnement et dans le corps humain. Ces produits chimiques ont largement été utilisés dans l’industrie depuis les années 1950, pour leurs propriétés antiadhésives et imperméabilisantes. On les retrouve dans beaucoup d’objets du quotidien. Ils se déversent ensuite dans les canalisations et dans les cours d’eau. Ce qui fait du Rhône, l’un des fleuves les plus pollués par les PFAS en France.

Quels sont les effets concrets des PFAS sur la santé ?

En mars 2025, Santé Publique France publie son dernier rapport sur les PFAS. Il dépeint les risques liés à ces derniers et aux divers composés perfluorés. L’agence de santé y aborde une corrélation probable entre l’exposition à trois types de PFAS (sur plus de 12 000) et six maladies : cancer du rein, des testicules, usure du foie, pré-éclampsie, maladies de la thyroïde et hypercholestérolémie.

Dans la ville de Pierre-Bénite, cette corrélation semble se confirmer, on y trouve des taux de mortalité plus importants pour les maladies de l’appareil digestif (+57%) et cancers du poumon chez les hommes (+100%), pour les cancers du sein chez les femmes (+25%), que dans le reste de la région.

Les riverains de Pierre-Bénite sont les premiers impactés

Selon une enquête menée par Santé Publique France entre 2014 et 2016, tous les Français ont des PFAS dans le sang. À Pierre-Bénite, on retrouve chez les habitants qui vivent dans un rayon de 1 km autour du site industriel, un taux sept fois supérieur à la moyenne nationale. Le sentiment de trahison est total pour la population des alentours.

« Cela fait plus de 15 ans que je participe aux réunions du comité de suivi de la pollution de l’usine, je n’y ai jamais entendu parler des PFAS », fulmine Thierry Mounib, un retraité qui a vécu toute sa vie à 300 mètres du complexe industriel. Une incompréhension, que semble partager un certain nombre de riverains. « Il y a des cancers partout. Les cinq maisons ici, il y a au moins une personne atteinte d’un cancer. » affirme un voisin de Thierry Mounib.

Le principe de précaution à outrance ?

Le site de Pierre-Bénite fait partie d’un couloir industriel en bord de Rhône, qu’on surnomme la « vallée de la chimie ». Les habitants des environs sont, de fait, exposés aux PFAS, mais à la pollution industrielle dans son ensemble. Pour Nicolas, un autre résident de Pierre-Bénite, les PFAS ne sont pas la problématique la plus urgente pour les populations impactées.

« Effectivement, ici, on est sur une exposition énorme à ces polluants éternels, qui nécessite d’être traitée… Mais il y a d’autres polluants, auxquels on est largement plus exposés, qui ne provoquent pas autant d’affolement, et qui pourtant sont d’autant plus dangereux. Je pense aux solvants ou aux hydrocarbures. C’est prouvé scientifiquement que les vapeurs d’essence sont cancérigènes, pourtant on nous laisse bien continuer d’aller à la pompe. »

By jsharp

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