À Lyon, la dépollution des fleuves est un enjeu majeur, encore trop méconnu du grand public. Face aux déchets plastiques, aux micropolluants et aux eaux usées, associations, chercheurs et pouvoirs publics mènent la danse pour redonner au Rhône et à la Saône leur pureté d’antan.
Chaque année, à Lyon, la dépollution est un sujet tabou. Plusieurs tonnes de déchets sont retirées du Rhône et de la Saône. En première ligne, des associations locales comme Odysseus 3.1 organisent régulièrement des opérations de nettoyage subaquatique.
Ces plongées de dépollution, ouvertes aux bénévoles, sont souvent spectaculaires. « Rien qu’en 2023, nos équipes ont remonté plus de cinq tonnes de détritus, dont des trottinettes, des caddies, des scooters, et même des coffres-forts », raconte Lionel Rard, plongeur professionnel et fondateur de l’association.
Ces interventions visent à soulager les fleuves d’une pollution visible mais aussi à alerter sur l’ampleur du problème.
Mais au-delà des déchets solides, une autre forme de pollution, plus discrète, inquiète les scientifiques : celle des micropolluants. Ces substances chimiques invisibles — résidus de médicaments, de produits ménagers ou de cosmétiques — ne sont pas éliminées par les stations d’épuration traditionnelles.
Pour y faire face, l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse a lancé depuis 2020 un programme pilote à Lyon, visant à améliorer le traitement des eaux usées. Des chercheurs de l’INSA Lyon testent notamment de nouveaux filtres à charbon actif et des techniques innovantes de biodégradation.
Repenser la ville avec le Rhône et la Saône
Longtemps considérés comme de simples axes de navigation ou de drainage. « On a longtemps tourné le dos au Rhône et à la Saône. Aujourd’hui, on veut les réintégrer dans l’espace urbain tout en les protégeant », explique Thomas Terrien, chargé de mission à la Métropole de Lyon. Des projets d’aménagement durable émergent, notamment à la Confluence ou sur les berges de la Saône, mêlant espaces verts, zones humides restaurées et infrastructures capables de retenir et filtrer les eaux de pluie avant qu’elles ne rejoignent les fleuves.
L’enjeu est également réglementaire. La France, dans le cadre de la directive-cadre européenne sur l’eau, s’est engagée à atteindre un « bon état écologique » de toutes ses masses d’eau d’ici à 2027. Cette obligation juridique pousse les collectivités à accélérer leurs investissements dans des solutions de dépollution, souvent coûteuses mais nécessaires.
Dépollution : les enjeux de l’engagement citoyen
Face à l’ampleur du défi, l’action citoyenne s’impose comme un levier essentiel. Les Lyonnais sont de plus en plus nombreux à participer à des initiatives écologiques : nettoyages participatifs, actions de sensibilisation dans les écoles, ou signalement des pollutions via des plateformes comme Sentinelles de la Nature. « L’adhésion du public est cruciale. La dépollution, ce n’est pas seulement une affaire de spécialistes : c’est une responsabilité partagée », souligne Émilie Garnier, responsable environnement à France Nature Environnement Rhône.
Néanmoins, des défis techniques persistent. En période de fortes pluies, le réseau d’assainissement lyonnais peut saturer, provoquant des rejets d’eaux usées non traitées dans le Rhône. Des solutions sont à l’étude, comme l’extension du bassin de rétention de Gerland ou la création de noues végétalisées, mais elles demandent du temps, de l’espace, et des financements adaptés.
