Entre 10 000 et 15 000 personnes ont manifesté à Lyon ce vendredi 16 juin contre l’extrême-droite. Dans le cortège, des voix féministes ont fait entendre leur inquiétude face à la possible arrivée au pouvoir du Rassemblement National aux élections législatives.
« Siamo tutti antifascisti », mains levées, Amélia scande se slogan italien « Nous sommes tous antifascistes. » Elle a rejoint la manifestation au départ de la place des Terreaux à Lyon. « Je tenais à le redire, j’emmerde le rassemblement national, et j’emmerde leur double-jeu » affirme la manifestante. Inquiète, elle se demande qu’elle avenir sera réservée aux femmes en cas de victoire du RN (Rassemblement National) aux élections législatives à venir. « J’ai peur pour nous les femmes, pour nos libertés, nos salaires, nos droits. J’ai peur pour l’évolution de la cause féministe. Aux États-Unis, ils ont quand même réussi à supprimer le droit à l’avortement. »
En mars, l’inscription de la « liberté garantie » à l’avortement dans la constitution n’a pas fait l’unanimité au sein du parti dirigé par Jordan Bardella. Ils sont 46 sur les 88 membres du groupe à l’Assemblée nationale à avoir voté pour, le reste s’étant abstenu, a voté contre, ou n’a simplement pas participé au vote.
La colère comme moteur
Après plus d’une heure à stationner entre le musée d’Art contemporain et les terrasses de la place des Terreaux, le cortège prend la direction de la place Bellecour. Un groupe de jeunes femmes, équipées de pinceaux et de feuilles blanches, colle un message sur un ascenseur « Macron : Le Pen est fier de toi. » Elles sont membre du collectif Collages féministes Lyon.
Loriane en fait partie. Au-delà de l’inquiétude, c’est la colère qui la pousse à participer aux mouvements de contestation : « Franchement j’en ai marre, on s’est battu contre ces idéologies, pour que notre président leur déroule le tapis rouge. Quand le Rassemblement National a la possibilité de voter pour les droits des femmes, ils les entravent. L’extrême-droite est dangereuse pour le féminisme. Dans les pays où elle passe, les budgets alloués aux associations féministes sont coupés, généralement au profit d’association chrétienne et conservatrice. »
En effet, au Parlement européen, la tendance conservatrice se confirme. Au sein du groupe d’extrême droite « Identité et démocratie » les députés français se sont opposés à une résolution condamnant la Pologne qui interdisait quasiment totalement le droit à l’avortement. À propos de l’introduction du droit à l’avortement dans la Charte européenne des droits fondamentaux, ils se sont abstenus.
Homme ou femme, plus tant de différences chez les électeurs
Pourtant certain expert s’accorde aujourd’hui à dire que Marine Le Pen a réussi à faire en sorte que le vote RN ne soit plus impacté par le genre. 30 % des femmes ont voté pour ce parti aux élections européennes du 9 juin, alors qu’elles n’étaient que 20 % en 2019. La question féministe se corrèle généralement aux autres luttes contre les discriminations de genre, d’origine, etc. C’est le cas de Robin, parfois interrompu par l’enceinte que porte son ami, il tente d’expliquer : « Je suis inquiet pour les femmes, c’est clair. Quand l’extrême-droite arrive au pouvoir, elles ne sont jamais épargnées, ni par le pouvoir ni par la société. Puisque le sexisme se décomplexe. Mais je suis inquiet pour tout le monde, tout ceux que le RN ne considère pas comme « assez français » pour avoir des droits et être protégé par l’État. »
Cléo Vignat






