Moins polluant, moins encombrant, le transport fluvial sur le Rhône a des arguments solides. Mais en 2025, malgré quelques exemples pionniers, son développement reste freiné par le manque d’infrastructures et de stratégie coordonnée.

Sur le papier, le fleuve a tout pour plaire. Le transport fluvial est l’un des moyens les plus écologiques d’acheminer des marchandises, une seule barge peut remplacer jusqu’à 70 camions. Pourtant, ce mode de transport reste marginal sur le bassin Rhône-Saône, où il ne représente qu’une infime part du fret total.

« Chaque barge, c’est des tonnes de CO₂ qu’on évite », rappelle Laurent G., coordinateur logistique pour l’entreprise Delmonico Dorel, qui exploite le fret fluvial depuis plus de 20 ans. Spécialisée dans les granulats et les matériaux de construction, la société possède ses propres ports privés et affrète régulièrement des barges de 3 000 tonnes entre la vallée du Rhône et Lyon. Un choix à contre-courant, mais rentable à condition d’anticiper.

« Ce n’est pas Amazon. Il faut prévoir en amont, mais sur de gros volumes, ça reste efficace », résume-t-il.

Le problème, pour lui comme pour d’autres acteurs du secteur, n’est pas le fleuve. C’est ce qui se passe autour. Peu de quais publics sont adaptés à la logistique lourde, les accès routiers sont parfois limités, et les coûts d’aménagement reposent souvent sur les entreprises elles-mêmes.

« Il y a une autoroute sous nos pieds, mais on n’y accède pas facilement. La plupart des quais sont pensés pour le tourisme, pas pour le fret », déplore Laurent G.

Image d’illustration transport fluvial ©pixabay

Un frémissement régional pour le transport fluvial

La région Auvergne-Rhône-Alpes multiplie pourtant les signes d’intérêt. En 2024, la jeune entreprise lyonnaise Ecofluv a mis à l’eau Evoli, un bateau électrique de 27 mètres destiné à la logistique urbaine. Il assure la livraison de colis en centre-ville tout en collectant des déchets liquides. Un projet soutenu par l’ADEME et les collectivités, qui reste pour l’instant expérimental.

En mars 2025, Voies Navigables de France a signé un partenariat avec la Métropole de Lyon et plusieurs communes riveraines pour relancer l’usage des rives du Rhône et de la Saône, aussi bien pour le transport que pour le tourisme ou les usages mixtes. Le plan prévoit la modernisation de certains quais, la création de points d’accès logistiques et la promotion de navettes fluviales.

Mais sur le terrain, les opérateurs restent prudents. Le fluvial est encore perçu comme une alternative ponctuelle, non comme une solution intégrée. Et tant que les infrastructures et les chaînes intermodales ne suivent pas, difficile de convaincre au-delà des pionniers.

« On rame, mais pas dans l’eau : dans l’administration surtout », ironise Laurent G. avant de conclure plus sérieusement : « On continuera, parce que ça fonctionne. Mais si on est les seuls à y croire, on n’ira pas loin. »

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *