Des terrasses animées de la Presqu’île aux péniches amarrées sur les rives, les commerçants sur les quais lyonnais vivent au rythme du Rhône et de la Saône. Reportage sur ces femmes et ces hommes qui tirent profit de la vie fluviale, entre opportunités économiques et contraintes bien réelles.

Il suffit de longer les quais du Rhône un samedi ensoleillé pour comprendre l’importance du fleuve dans la vie économique locale. « Ici, la vue sur l’eau, c’est notre premier argument commercial », confie Julie, gérante d’un café sur le quai Victor Augagneur. Les promeneurs, cyclistes, touristes et familles affluent dès les beaux jours, remplissant terrasses et boutiques.

« Les week-ends de printemps et d’été, on double presque notre chiffre d’affaires par rapport à l’hiver », glisse-t-elle, sourire en coin.

Le fleuve, une vitrine qui attire et fait vendre

Même constat du côté des restaurateurs de la Saône. Pierre, patron d’un bistrot sur le quai Saint-Antoine, ne cache pas que, « la proximité de l’eau attire une clientèle qui cherche à s’évader sans quitter la ville. Les croisières fluviales et les apéros sur les péniches nous amènent une clientèle supplémentaire, parfois étrangère, qui ne serait pas venue autrement. »

Des aménagements qui transforment le quotidien

L’essor des berges piétonnes et cyclables, la création de jardins partagés et la multiplication des événements culturels ont profondément changé la donne.

« Avant, le quai était surtout un parking. Depuis la rénovation, c’est devenu un lieu de vie, et notre clientèle s’est diversifiée », explique Samir, marchand de glaces ambulant sur les berges du Rhône.

Les commerçants saluent ces aménagements, qui leur offrent une visibilité, mais ils pointent aussi la concurrence accrue, notamment avec l’arrivée de foodtrucks et de bars éphémères. Selon la Fédération nationale de l’habillement, la destruction du commerce lyonnais analysée et vécue par Jean-Sébastien Veilleux, la transformation urbaine a un impact direct sur la fréquentation des commerces :

« On voit une grosse masse de commerçants entre -15 et -30 % de chiffre d’affaires, mais certains tirent leur épingle du jeu grâce à l’attractivité des quais ». L’affluence varie : « Le samedi, il suffit d’aller en Presqu’île pour voir qu’il y a du monde », souligne Jean-Sébastien Veilleux, représentant de 6 000 commerçants indépendants de la région, interrogé par Lyon People.

Entre opportunités et contraintes : la réalité du terrain

Mais la vie au bord de l’eau n’est pas sans revers. « Les crues, c’est notre hantise », avoue Pierre. « Quand la Saône déborde, on doit fermer, et là, c’est zéro recette. »

D’autres évoquent les nuisances liées à la fête, la gestion des déchets ou les difficultés d’accès lors des grands événements sportifs ou culturels. Pourtant, l’attachement au fleuve reste fort.

« On ne pourrait pas imaginer notre commerce ailleurs », affirme Julie. « Le fleuve, c’est notre identité, notre décor et notre chance. Mais il faut sans cesse s’adapter. »

Les commerçants réclament d’ailleurs un accompagnement plus fort de la part de la Ville pour anticiper les risques et soutenir l’activité lors des périodes difficiles. Face à la montée du tourisme fluvial et aux nouveaux usages des berges, les commerçants sur les quais lyonnais misent sur l’innovation : livraison par bateau, événements sur l’eau, partenariats avec les croisiéristes. « Le fleuve, c’est un atout, à condition d’être inventif et de s’adapter aux évolutions de la ville », conclut Samir.

By elihan

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